Trouver les oies

Comment faire pour trouver des oies? Avec un troupeau qui avoisine le million d’individus, il est facile de trouver des oies surtout qu’elles sont facilement repérables comparativement à des bernaches qui se dissimulent aisément dans ce type de milieu! La question n’est pas de trouver des oies, mais d’évaluer si le champ offre un potentiel de chasse??? Dans les prochains paragraphes, je vais tenter de vous orienter dans la prise de décisions afin d’éviter certaines erreurs que j’ai faites alors que j’étais moins expérimenté.

Cet aspect de la chasse s’appelle la « PROSPECTION ». Il demande un certain effort, car il faut se lever souvent très tôt et parcourir plusieurs kilomètres en voiture($). De façon général, les oies vont commencer à quitter le dortoir au levé du soleil ou un peu avant. C’est à cette heure qu’il faut se rendre près du dortoir. Certains facteurs peuvent influencer le départ des oies. Une marée très haute tôt le matin va précipiter leur départ vers les champs ou encore une marée basse peut les retenir plus longtemps au fleuve, car elles y trouvent un peu de nourriture. Afin de ne pas perdre votre temps, essayez de prospecter dans des conditions (vents, précipitations, marées, etc…) similaires à celles prévues lors de votre journée de chasse. C’est une des meilleures façon pour prédire quel sera le comportement des oies lors de votre chasse. De plus, il ne sert à rien de prospecter plusieurs jours à l’avance et de réserver un champ, car les oies restent rarement plus de 2 à 3 jours dans le même champ. Par contre, la prospection plusieurs jours à l’avance vous permettra de connaître les différents champs nourriciers de votre secteur. Cette information peut vous aider à prendre la bonne décision et à bien connaître votre secteur.

Dans l’idéal, il faut prévoir une à deux matinées d’observation avant une chasse. Si vous êtes un groupe composé de plusieurs chasseurs, vous pouvez facilement vous séparer les journées de prospection ainsi que les différents secteurs lorsque vous êtes deux à prospecter un même matin. De cette façon, vous serez en mesure de couvrir chaque matin et de bien comprendre pourquoi les oies vont dans telle ou telle direction. Vous serez également en mesure de voir où sont installés les différents groupes de chasseurs et ainsi connaître la pression de chasse exercée par ces derniers.

Pourquoi se lever tôt, alors que vous pouvez simplement allez voir où les oies s’alimentent quelques heures après le levé du soleil??? En vous levant tôt, vous serez en mesure de bien observer les différentes lignes de vols (flyway) que les oies utilisent pour se rendre dans les différents secteurs d’alimentation de votre région. Après quelques heures d’alimentation, les oies ont souvent visité deux ou trois champs. En étant sur les lieux très tôt, vous serez en mesure de localiser ces champs et peut-être même d’y chasser.

Parfois, le champ que les oies choisissent peut-être situé à plus de 20 km du dortoir. Il peut être hasardeux de s’installer dans ce que j’appelle un cul-de-sac de ligne de vols. Je m’explique, si la journée de votre chasse les conditions changent, il se peut qu’elles dévient un peu de leur trajectoire habituelle ou même, il se peut qu’elles s’arrêtent avant de se rendre à vous… À moins d’être sûre que le champ situé dans un cul-de-sac offre un attrait irremplaçable et irrésistible (champ de maïs non-récolté par exemple) pour les oies, je vous conseille de vous rapprocher du dortoir et de chasser le corridor de vols vous aurez plus de chances de réussir votre chasse.

Les outils pour bien prospecter

La première étape de votre prospection consiste à savoir si les oies sont présentes dans votre secteur. Pour se faire, vous devez visiter les différents dortoirs de votre région juste avant que la nuit s’installe (cette partie se fait facilement en famille!). De retour à la maison, analysez les champs et les routes avoisinants le dortoir qui abritait la plus importante quantité d’oies. Pour cette étape, je vous conseille d’utiliser des outils comme Google map ou Google earth. Faites-vous un itinéraire des routes qui semblent offrir le meilleur potentiel. De cette manière, vous serez certains de ne pas aboutir dans un cul-de-sac et être obligé de rebrousser chemin ce qui vous ferait perdre un temps précieux.

Le matin de votre prospection, dirigez-vous vers le dortoir sélectionné. Vous devez apporter avec vous les éléments suivants:

  • Paire de jumelles: cet outil est indispensable afin de bien observer le déplacement des oies et pour analyser leur comportement lorsqu’elles sont en vol et dans le champ. Si vous n’en avez pas, prévoyez entre 150$ et 300$ pour une paire de qualité qui va vous durer toute votre vie!
  • Carte routière: un autre outil indispensable, car c’est la seule façon de bien vous orienter sur les petites routes de campagne. Après quelques années à prospecter le même secteur, vous n’en aurait plus de besoin, mais au début, c’est un 25$ bien investit.
  • Suffisamment d’essence: Ça peut paraître anodin, mais en campagne, il n’y a pas de station service à tous les coins de rues et parfois il est trop tôt pour qu’elles soient ouvertes!
  • Appareil photos: Cet outil n’est pas essentiel, mais il peut vous permettre de bien analyser le champ découvert une fois rendu à la maison. De plus, vous pourrez partager cette photo avec les autres membres de votre équipe pour les motiver!
  • Un petit lunch avec un bon café: essentiel pour rester bien réveillé!
  • Cahier de notes: prendre des notes sur le nombre d’oiseaux en déplacement, la direction principale de déplacement à partir du dortoir, les différents champs où il a des oies ( le nombre d’oies, % approximatif de juvéniles, type de cultures dans lequel elles sont, comportement général (principalement au repos, alimentation, surveillance, etc…) des oies, etc…), les routes parcourues, corridors de vols utilisés, etc… Vous pouvez inscrire ces informations directement sur votre carte. Ces notes vous permettront de revenir sur vos pas pour valider certains secteurs et pour bien faire le compte-rendu à votre équipe. Vous pouvez également ajouter comme information, la présence des autres chasseurs. Les notes que vous allez prendre vous permettront de concevoir des cartes comme la photo ci-dessus à l’aide de Google Map.

Les notes que je prends tout au long d’une prospection officielle ou non (en me rendant au travail par exemple) me permette de confectionner des cartes comme celle-là. Je note l’emplacement des oies, leur nombre, leur comportement, l’heure, la date à l’aide de différents signes de différentes couleurs, le type de culture, l’emplacement des autres chasseurs, s’il y a lieu je notes les éléments qui ont perturbé les oies (tracteur, effaroucheurs, chasseurs à l’approche, avion, hélicoptère, etc…), etc… Bref, on ne prend jamais trop de notes. Les informations ainsi combinées tout au long de la saison vous permettront d’avoir un visuel aérien de votre secteur et de prendre la bonne décision.

Comment prospecter?

Il est 5:25 am, vous êtes assit dans votre voiture et vous observez les premières oies quitter le dortoir… Avant de vous lancer au trousse des premières bandes, je vous suggère d’attendre qu’au moins 25% des oies aient quitté. Par la suite, dirigez-vous dans la même direction que la majorité des oies. Essayez d’emprunter les routes qui vous permettront d’être le plus près possible des oies. Tout en roulant, vous pourrez voir les types de champs qu’elles survolent et notez l’emplacement de ceux qui pourraient vous offrir un potentiel de chasse (petite céréales, maïs-ensilage, maïs-grain). Gardez toujours ces champs en tête dans l’établissement de votre stratégie.

Lorsque la visibilité et que votre champ de vision sont bons (sur le dessus d’une colline par exemple), stationnez la voiture sur le bord de la route et observer les oies aux jumelles. Au fil des ans, vous connaîtrez bien les promontoires de votre secteur et apprendrez à bien les utiliser selon la ligne de vol empruntée par les oies. Tentez de repérer les premières bandes qui sont au devant du groupe et qui ouvrent la route. Balayez avec vos jumelles la ligne de vols des oies qui s’étend souvent sur plusieurs km. Observez bien leurs comportements en vol et si des oies changent brusquement de direction ou qu’il y a formation d’une tornade d’oies qui descend vers le sol ou encore des oies qui cassent, se sont des signes qu’il se passe quelque chose dans ce secteur. Si vous observez ce genre de comportements, rapprochez-vous de secteur pour voir ce qu’il s’y passe.

Il vous faut donc suivre les oies jusqu’à ce qu’elles se posent… Certains matins, vous aurez l’impression qu’elles ne se posent pas! Dîtes-vous que parfois, elles font plus de 50 km pour trouver un champ nourricier. Dans ces circonstances, vous êtes mieux de chasser la ligne de vols dans un champ situé près du dortoir, mais pas trop près afin de ne pas effaroucher les oies qui se trouvent dans le dortoir! De plus, il y a souvent des zones autour des dortoirs où les oies ne se poseront jamais. Pour les oies, cette zone est souvent une « death zone » et le chasseur ne réussira que très rarement à y faire de belles chasses. Vous devez absolument vous éloignez des ces zones. Avec le temps. vous apprendrez à reconnaître les zones à éviter.

Lors de votre prospection, il se peut que vous observiez une coupure dans la ligne de vols. Je m’explique: disons que vous avez quittez le dortoir alors qu’il restait encore 75% des oies dedans. Vous suivez donc le premier 25%. Après plusieurs km, vous êtes un peu découragez de ne pas avoir vu d’oies au sol… Au moment où vous observez la ligne de vols dans son ensemble, vous notez que la densité d’oies faire la fin diminue. Il y a deux raisons: la première est que c’est la fin du corridor (c’est à vous de jugez si la quantité d’oies que vous avez observez est similaire à celle qui se trouvait sur le dortoir) et la deuxième, souvent la plus probable, c’est qu’au milieu du corridor de vols, elles ont trouvé un champ intéressant ce qui a attiré une bonne partie du flyway. Lorsque vous observez ce phénomène, rebroussez chemin jusqu’à temps de trouver un lieu d’observation vous permettant de voir ce qu’il se passe derrière vous!

Quel est le potentiel du champ que l’on a découvert?

Vous avez finalement trouver un champ où des oies sont posées. La prochaine question est la suivant: est-ce que ce champ offre un bon potentiel de chasse? Ce n’est pas toujours facile de répondre avec assurance à cette question. Par contre, avec l’expérience, on en vient à bien reconnaître un champ où il serait possible de faire une belle chasse. Avant de prendre une décision, j’observe le troupeau pendant un certain temps. Je prends le temps de bien observer leurs comportements (au repos, en alerte, en alimentation active, est-ce qu’elles font de courts vols pour atteindre un certain secteur du champ, est-ce qu’il y des chasseurs à l’approche dans les environs, que font la majorité des oies qui volent au-dessus de ce champ, etc…).

Il faut également y aller avec notre « feeling » du site. Je m’explique, si vous avez un doute dans votre tête, si vous vous demandez ce que ces oies font là, si vous n’avez jamais observez d’oies dans ce champ auparavant, si ce champ ne vous offre pas une belle visibilité sur la principale ligne de vols, etc… Mettez en doute vos possibilités de faire une belle chasse dans ce champ.

Lorsque vous dénichez un champ comme celui que l’on voit sur cette photo et ce, à peine à quelques kilomètres du dortoir comme dans ce cas, la décision est facile à prendre, on chasse ce champ! Dans bien des cas, ce n’est pas aussi évident et il faut faire des choix. Faire des choix impliquent parfois des regrets… Dans les paragraphes précédents, je vous ai dit quoi observer lorsque les oies sont au sol. Maintenant, voici comment interpréter les différents signes:

  • Au repos: si les oies sont majoritairement au repos, c’est un signe qu’il n’y a pas beaucoup de nourriture dans ce champ. De façon général, je ne chasse pas ce type de champ, mais si la quantité d’oie est importante ce genre de champ peut certainement offrir un bon potentiel. Il sera encore plus intéressant s’il est situé au début du corridor de vol. Ce genre de champ est synonyme de sécurité pour les oies ce qui peut-être intéressant pour les chasseurs. Par contre, vous devez avoir des appelants qui vous permettront d’imiter des oies au repos.
  • En alerte: aucun potentiel de chasse, car il y a un danger qui fait peur aux oies et qui risque de les faire s’envoler. Prenez quand même le temps de localiser la source du danger. Si c’est un simple tracteur ou une autre machinerie qui ne font que passer, ce champ pourrait quand même offrir certaines opportunités. à vous de voir et de juger si le danger pourrait faire en sorte que la champ soit brûlé pour plusieurs jours.
  • En alimentation active: Lorsque vous observez que les oies s’alimentent activement dans le champ, il vous faut maintenant observer les points suivants:
    1. Dans quels types de cultures se trouvent-elles? Les différents types de cultures que l’on retrouvent dans les champs au Québec n’offrent pas tous la même quantité de nourriture. À l’automne et au début du printemps, les champs de maïs-grain offrent la plus grande quantité de nourriture. À la fin du printemps (mois de mai), se sont les champs de cultures fourragères qui offrent la plus grande quantité de nourriture. La quantité de nourriture dans un champ va influencer le temps et le nombre de jours qu’elles vont y passer.
    2. À quelle vitesse les oies se déplacent-elles dans le champ? Si vous observez que les oies se déplace rapidement, dîtes-vous qu’elles vont le vider rapidement et qu’il n’offrira plus l’attrait d’un champ nourricier. Si les oies se déplacent lentement, alors la quantité de nourriture dans le champ est importante.
    3. Quelle est la densité? Si les oies sont très compact et qu’elles avancent tranquillement, ce champ offre un fort potentiel de chasse.
    4. Quelle superficie est occupée par les oies dans le champ? Il faut garder le principe qu’au fur et à mesure qu’elles avancent dans le champ, elles ne laissent pratiquement pas de nourriture derrière elles. Alors, si elles occupent toute la superficie, prenez pour acquis qu’il ne restera pas beaucoup de nourriture lorsqu’elles vont le quitter à la fin de la journée. Un champ pas nourriture = pas d’intérêt pour les oies de s’y poser.
  • Est-ce qu’elles font de courts vols? Si elles effectuent de court vols, c’est qu’un certain secteur du champ offre un attrait particulier pour elles. Notez ce qu’elles font dans ce secteur et ce qu’il s’y trouve.
  • Chasseurs à l’approche: S’il y des chasseurs à l’approche, dîtes-vous que ce champ risque d’être brûlé pour quelques jours, mais il n’est pas impossible qu’elles y retournent au courant de la saison. L’autre option est de convaincre ces chasseurs d’attendre au lendemain et de les inviter à chasser avec vous…
  • Que font les oies qui survolent le champ? Si plus de 75% des oies qui survolent le champ que vous avez trouvé se posent directement dedans sans se poser de questions, dîtes-vous qu’il est vraiment intéressant. Si la majorité des oies passent tout droit et même que certaines oies s’envolent du champ pour poursuivre leur route, ce n’est pas bon singe.

À la suite de cette analyse, vous êtes en mesure de prendre une décision éclairée. Vous pouvez également prendre le temps de consulter votre équipe. Maintenant, il vous faut trouver le propriétaire. Pour cet aspect de la chasse, veuillez consulter la section « Relations avec les agriculteurs« . De plus, lorsque vous obtenez la permission du propriétaire, vous pouvez attendre que les oies quittent le champ pour aller le marcher. De cette manière, vous serez en mesure de mieux analyser vos besoins pour la chasse du lendemain et de bien voir certaines subtilités non visible à partir du chemin.

Chassez le champ nourricier ou le corridor de vols?

Question difficile!!! Ma philosophie est la suivante: lorsque j’observe des oies s’alimenter, j’observe les champs aux alentours. Dans l’idéale, j’essaie de me placer entre le champ nourricier et le dortoir sous la ligne de vols dans un champ de même type que celui où les oies s’alimentent. Ma réflexion derrière cette manière de faire est que si vous empêchez les oies de s’alimenter dans « leur champ nourricier », il se pourrait qu’elles survolent la région en haute altitude. Parfois, elles vont poursuivre leur route sur plusieurs kilomètres délaissant complètement votre secteur! De plus, si vous désirez effectuer plusieurs chasses dans ce secteur, il faut leur laisser des secteurs d’alimentation où elles sont tranquilles sinon, vous ne réussirez pas à retenir les oies dans votre région. Si tous les chasseurs appliquaient cette philosophie, il serait beaucoup plus facile de conserver des oies dans un secteur donné pour le bien de toute la communauté de chasseurs et également des observateurs!

Maintenant, c’est à vous de prendre votre décision. Dîtes-vous que s’il y a plein de champs nourriciers dans votre secteur, il n’y a pas de problèmes à s’installer dans l’un d’eux afin d’y chasser. Par contre, s’ils se font rares, vous êtes peut-être mieux de faire une chasse de pourtour.

Que faire lorsque le champ où les oies alimentent n’est pas accessible (déjà réservé ou le propriétaire ne veut pas de chasseurs)?

Dans ces circonstances, il faut demandez aux propriétaires adjacents à ce champ. S’il n’est possible d’y avoir accès, déplacez-vous plus bas sur la ligne de vols jusqu’à temps que vous trouviez quelques choses d’intéressant.

Voici les autres aspects qu’il faut considérer lorsque l’on a choisi notre champ?

L’accès: La façon dont vous aurez accès au champ (véhicule vs à pieds) influencera grandement la quantité d’équipement que vous pourrez utiliser. De plus, il vous faudra plus de temps pour transporter votre équipement à pieds. Dans ces circonstances, il faudra prévoir plus de temps pour l’installation avant la chasse.

Où allez-vous vous cacher selon les vents annoncés? Informez-vous sur la météo annoncée le jour de votre chasse. Dîtes-vous que les oiseaux se posent toujours vent de face. Analysez bien votre champ pour savoir si vous serez en mesure de bien vous camoufler et de définir quelle technique vous utiliserez (cache tombeau, en blanc, dans le canal, etc…). Lorsque les oies auront quitté le champ, je vous conseille même d’aller le marcher. Fabriquez-vous des points de repère (ex: tas de maïs) près du chemin d’accès pour faciliter le repérage du secteur approprié pour chasser. Lorsqu’il fait noir, il n’est pas évident de bien se repérer. De plus, une petite marche vous permettra d’analyser la quantité, l’âge et la répartition des fèces. Ces trois information vous permettront de connaître depuis combien de temps les oies s’alimentent dans ce champ, y reste-t-il de la nourriture et quel secteur du champ est plus utiliser.

Maintenant, il est temps de chasser. Je vous invite à consulter la section déroulement d’une chasse.